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PHILADELPHIA, la beauté cachée de la côte Est. Elle doit son nom à un amateur de grec : phila-delphie. C’est la ville de l’Amour Fraternel. Première capitale des États Unis pendant la construction de Washington, de 1790 à 1799, elle n’est pas une destination prisée des guides touristiques.

PHILADELPHIA-beauté-cachée-côte-Est-SAUVAGESSituée à mi-distance entre l’actuelle capitale fédérale et New York, phœnix économique et culturelle de l’Amérique conquérante, elle périclite à l’ombre de ses encombrantes voisines. 
Depuis l’arrêt définitif de l’exploitation du charbon et la fin des hauts fourneaux, magnifiés dans le film « Voyage au bout de l’enfer  » de Cimino, une lente mais inexorable descente aux enfers lui a fait perdre un demi-million d’habitants.

En effet si l’écologie a triomphé avec la disparition de ces industries parmi les plus polluantes, l’économie de la cinquième ville du pays a plongé dans le rouge.

De toutes les mégapoles de la côte Est, c’est celle qui a le plus d’habitants vivant sous le seuil de pauvreté, et son taux de chômage est le double de la moyenne nationale. 
Lors d’un récent séjour sur la côte Est, mon esprit de contradiction et ma vénération pour Bruce Springsteen m’ont poussé à aller découvrir les « streets of Philadelphia » chantées dans la magnifique ballade du Boss, bande originale de l’émouvant film « Philadelphia ».

Je me suis dit qu’une ville qui avait vu naître Grâce Kelly et Edgard Poe ne pouvait être moche ou inculte. J’ai bien sûr fourgué dans mon sac un vieux jogging en coton molletonné et un débardeur « Everlast » pour singer Sylvester Stallone et grimper quatre à quatre les marches du Philadelphia Muséum of Art, tel un bonsaï de Rocky sur le retour. J’assume mes références cinématographiques aussi vintages que ringardes…

En discutant avec un chauffeur de taxi, j’ai appris qu’une autre icône locale était Richard Gere, pas de Pau, mais le vrai, de « Pretty woman  » et « American gigolo ».
 Assurément mon idéal masculin si j’étais une nana. 
Tout émoustillé je me suis mis à chercher mes mots et à bégayer.
 Avouons que l’original à une autre allure que son ersatz béarnais, qu’on espère meilleur en garde des sots qu’en séducteur. Avec son air de simplet il devrait faire un tabac…

Première bonne surprise la circulation pour arriver au downtown est beaucoup plus fluide et moins stressante qu’à New York.

Aucun souci pour trouver une place, pour une somme modique, de nombreux petits parkings à ciel ouvert, coincés entre deux immeubles s’offrent à vous, en allant vers Chinatown.
 Sale et puant, avec de vrais chinois crachant par terre comme à Shangai, le quartier vaut le coup d’œil. De toutes façons le traverser vous amènera plein centre.

Ne loupez pas le Terminal Reading Market : marché couvert remarquable par ses couleurs, son animation, sa propreté.

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En sortant vous arrivez place du City Hall, bâtiment aux proportions majestueuses et à la solide élégance classique, qui lui permettent d’exister sans étouffer au pied des buildings du downtown, qui paraissent tous récents. 
Jusqu’en 1987 il était interdit de construire en hauteur, ceci explique cela…

L’ensemble est élégant et harmonieux.
 Face à la mairie se dresse le grand temple maçonnique, somptueux, arrogant. Au moins ici les francs-maçons s’affichent de manière ostentatoire, pas comme en France… Mais ne Mélenchon pas les torchons avec les serviettes. 
Je traverse le Logan square, rebaptisé « Love park », depuis que l’artiste de pop-art, Robert Indiana, y a installé sa fameuse sculpture rouge : « LOVE ».

Devant moi la Franklin Parkway offre une perspective grandiose au loin sur le Philadelphia Muséum of Art et son fameux escalier.
 Avenue radiale, très large, bien arborée avec des allées pour piétons et cyclistes, elle est vendue comme étant les Champs Elysées de Philadelphie, les boutiques en moins, les musées en plus.

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Franklin Parkway vendue comme étant les Champs Elysées de Philadelphie

En effet mon allure de marathonien asthmatique m’a permis de repérer les affiches annonçant la fondation Barnes présentée comme une référence sur les impressionnistes. 
Sans être un féru de peinture, ce nom me disait quelque chose, je savais que ce n’était pas un joueur du PSG…

PHILADELPHIA-beauté-cachée-côte-Est-SAUVAGESMais je ne m’attendais pas à le trouver ici.
Un peu plus loin je tombais sur le musée Rodin.
Après ma séquence sportive, je me promettais une tournée des musées consistante, le lendemain. A défaut de lever de la fonte pour sculpter mon corps, je choisissais de muscler mon intellect. 
Pour le moment, grimé en Rocky de pacotille avec un bas de survêtement en coton, un débardeur « Everlast » rouge vif et un sweat à capuche, je poussais le cabotinage jusqu’à grimper les marches au son de « l’œil du tigre », bande originale culte.

Arrivé sur le parvis je n’ai quand même pas osé entamer une série de pompes, mais j’ai admiré la vue magnifique sur le downtown. 
Au pied de l’escalier une hideuse statue en bronze trône, censée représenter le boxeur mythique.
Elle ressemble autant à Sylvester Stallone que moi à Robert De Niro dans « Raging Bull ». C’est peu dire ! 
Mon footing de cinéphile bodybuildé me permettait de découvrir de nombreuses fresques murales et beaucoup de statues modernes exposées partout, comme un vrai musée à ciel ouvert.
Au hasard de mes pérégrinations je découvrais le « Magic Garden » : grande maison et son jardin transformés en œuvre d’art grâce à des mosaïques et des objets de récupération (bouteilles en verre, vaisselle, vieux vélos). PHILADELPHIA-beauté-cachée-côte-Est-SAUVAGESImprobable, surprenant, pour un résultat épatant qui me faisait définitivement tomber sous le charme de la belle Philly.
Le lendemain j’entamais ma tournée des musées par la fondation Barnes, énorme cube de béton aussi mastoc qu’impersonnel. 
L’intérieur, véritable caverne d’Ali Baba de tableaux mélangés à du mobilier et des serrures en fer forgé, est magique ! 
Les tableaux se répondent les uns aux autres par leur sujet, leur forme, leurs couleurs… On n’a pas du tout l’impression d’être dans un musée, mais plutôt d’être invité chez un amateur d’art qui vous fait partager sa passion. Plusieurs dizaines de Renoir, Cézanne, Matisse, Picasso, dialoguent entre eux et avec vous, expérience fabuleuse, unique, qui vous prend aux tripes. 
Beaucoup plus classique de conception le Philadelphia Muséum of Art a su me prouver qu’il existe autrement que par son escalier. 
 « Les grandes baigneuses » de Cézanne, « les Tournesols » de Van Gogh, ou « le Pont japonais » de Monet, pour les plus connus, vous en jettent plein la vue.
 Touché, coulé… J’ai enfin compris pourquoi mon épouse peut passer des heures au m
usée d’Orsay. 
Des œuvres plus modernes tel que « l’Urinoir » de Marcel Duchamp me laisseront plus froid. Mais, bien que je ne confonde pas Van Gogh avec un sprinter belge, je ne suis pas un spécialiste…

Séquence historique le troisième jour, comme dirait notre nouveau ministre vert, avec la visite des sites de la naissance des USA. 
L’Independence Hall, un des rares monuments américains classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, trône sur une belle place verdoyante, à côté de la Liberty Bell, la fameuse cloche qui a sonné pour l’indépendance des colonies.

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Thomas Jefferson a proclamé ici la Déclaration d’Indépendance le 4 juillet 1776, puis après la guerre, la première Constitution y est rédigée en 1787. 
Déambuler dans le Philly historique très verdoyant, remarquablement bien conservé avec ses maisons en brique rouge souvent habitées, parfois petits musées cosis, a été un vrai enchantement. Parfois au détour d’une rue, on peut tomber sur un cimetière de l’époque, parfaitement entretenu, poignant de sobriété avec sa pelouse digne d’un green de golf et ses pierres tombales blanches, toutes identiques, comme pour montrer que face à la mort il n’y a plus de classes sociales.
 Bonus extraordinaire pour un vieil auvergnat chauvin, le général Lafayette, originaire de Chavaniac en Haute Loire, juste à côté mon berceau familial, est une véritable star ici. 
Au Nasdaq des égos régionalistes l’action Auvergne est au plus haut à la vieille bourse de Philadelphie…

Encore une fois, l’habit ne fait pas le moine, il en va des villes comme pour les hommes, et Philly vaut vraiment le détour. 
Depuis mon retour j’écoute en boucle « Streets of Philadelphia » et mon esprit vagabonde quelque part en Pennsylvanie là où la rivière Schuylkill se jette dans le Delaware.

 

Article de BRUCE PRINTEMPS.

Merci à Olivier pour les photos ! Retrouvez son Instagram ICI.

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